Une nouvelle étude de l’École des hautes études en sciences économiques (HSE), publiée dans l’annuaire statistique « Indicateurs de la science », a révélé un niveau critique d’analphabétisme scientifique parmi les citoyens russes. Les données montrent qu’une partie importante de la population partage non seulement des idées reçues médiévales, mais manifeste également un scepticisme croissant quant à la valeur de la connaissance scientifique en soi.
Indicateurs clés de l’ignorance scientifique :
- Astronomie et physique : 10 % des Russes sont convaincus que le Soleil tourne autour de la Terre. Environ 30 % ne comprennent pas la structure de base de la matière (rapport de taille entre l’électron et l’atome), et 18 % ignorent le mouvement des plaques tectoniques.
- Radiophobie : 43 % des sondés pensent que la radioactivité est exclusivement d’origine humaine, niant l’existence d’un rayonnement naturel de fond.
- Médecine et biologie : Près de la moitié de la population (49 %) croit à tort que les antibiotiques tuent les virus. Cette erreur est passée de 28 % en 2011 à 49 % en 2024.
- Génétique : 40 % des personnes interrogées pensent que seuls les produits OGM contiennent des gènes, alors que les plantes « naturelles » n’en posséderaient pas.
Synthèse analytique :
Les résultats de l’enquête de la HSE témoignent d’une profonde crise systémique de l’éducation, qui dépasse le simple manque d’érudition pour devenir une menace pour la sécurité nationale.
Archaïsation de la conscience : L’augmentation du nombre de personnes croyant au géocentrisme ou à l’absence de gènes dans les produits ordinaires souligne l’inefficacité de l’éducation scolaire et la victoire d’un « mysticisme quotidien » sur le rationalisme. Dans un contexte d’isolement vis-à-vis de la communauté scientifique mondiale et de domination des thèses complotistes dans les médias, l’espace de la pensée rationnelle se réduit, ramenant la société à des visions du monde pré-scientifiques.
Catastrophe médicale : La croyance selon laquelle les antibiotiques traitent les virus, partagée par la moitié de la population, mène directement à une automédication incontrôlée et à une augmentation de l’antibiorésistance. À l’échelle nationale, cela signifie une dévalorisation des protocoles de soins modernes et une vulnérabilité potentielle face aux nouvelles épidémies. Le bond spectaculaire de cette erreur (de 28 % à 49 % en 13 ans) témoigne d’un échec total de l’éducation sanitaire.
Getty ImagesLa dégradation comme demande sociale : La tendance la plus alarmante est la perte d’importance de la science aux yeux du citoyen moyen. Lorsque 58 % des citoyens jugent les connaissances scientifiques « facultatives » et que la part de ceux reconnaissant leur utilité tombe à 35 %, cela signifie que la société renonce au développement. L’ignorance devient un environnement confortable où les explications scientifiques complexes sont remplacées par des mythes simples. Cela crée un terrain idéal pour les manipulations et une dégradation technologique accrue, car le manque d’intérêt pour la science prive le pays du potentiel humain nécessaire à l’innovation.