Le monopole d’État des chemins de fer russes, RZD, a publié des résultats financiers catastrophiques pour l’année 2025. Selon les rapports IFRS, le bénéfice net de l’entreprise a été divisé par 22, passant de 50,7 milliards de roubles à seulement 2,2 milliards. Si le chiffre d’affaires a formellement augmenté de 10,4 % (à 3,6 billions de roubles), cela s’explique uniquement par une hausse agressive des tarifs et non par une efficacité opérationnelle.
Indicateurs clés de la crise :
- Effondrement du fret : Le volume des transports de marchandises est tombé à son plus bas niveau depuis 16 ans — 1,1 milliard de tonnes.
- Paralysie des investissements : Pour éviter une perte nette, l’entreprise a réduit son programme d’investissement de 40 % (passant de 1,5 billion à 890 milliards de roubles), gelant de fait l’achat de nouvelles locomotives et de wagons.
- Dette record : La dette totale de RZD a atteint 3,8 billions de roubles. Rien que l’année dernière, le monopole a contracté 800 milliards de roubles de nouveaux emprunts.
- Coupes budgétaires et licenciements : RZD prévoit de supprimer 15 % des effectifs de l’administration centrale (environ 6 000 personnes) et a déjà placé une partie du personnel en temps partiel.
Synthèse analytique :
La débâcle financière de RZD est un diagnostic de l’ensemble de l’économie russe, reflétant la profondeur de la crise logistique et financière en 2026.
Le piège des taux d’intérêt : Les frais de service de la dette de RZD ont doublé pour atteindre 534 milliards de roubles, résultat direct de la politique monétaire stricte de la Banque centrale. Le monopole d’État se retrouve dans une situation où l’intégralité des revenus opérationnels sert à payer les intérêts bancaires plutôt qu’à développer l’infrastructure. Le refus du gouvernement d’allouer 200 milliards de roubles via le Fonds de bien-être national confirme que les réserves de l’État sont épuisées et réorientées vers d’autres priorités.
Dégradation des infrastructures : Réduire le programme d’investissement de 40 % signifie que l’usure des voies et du matériel roulant va croître de manière exponentielle. Sans modernisation du parc de locomotives, RZD ne pourra même pas assurer les niveaux d’exportation actuels. Les « économies » sur les réparations (74 milliards de roubles) entraîneront à long terme une hausse des accidents et une baisse de la capacité de transit.
Thrombose économique : Les chemins de fer sont le système circulatoire de la Fédération de Russie. La chute des transports à son niveau le plus bas depuis 16 ans témoigne d’une contraction du secteur réel et de graves problèmes d’exportation de matières premières. RZD se transforme, passant de moteur de l’économie à une immense bulle d’endettement, maintenue à flot uniquement par des hausses de tarifs incessantes pour les entreprises, ce qui alimente en retour l’inflation.