Les prix du pétrole russe continuent de grimper en flèche en raison du blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ un quart des approvisionnements mondiaux. Selon Bloomberg, citant les données d’Argus, le prix du baril de l’Oural (Urals) dans les ports baltes de Russie a atteint 116,05 $ à la fin de la semaine dernière — son plus haut niveau depuis au moins 13 ans. Depuis fin décembre, le prix de la principale marque d’exportation russe a bondi de 230 %.
Indicateurs clés de la flambée des prix :
- De la décote à la prime : Alors que l’Oural se vendait à moins de 40 $fin 2025 à cause des sanctions, il se négocie désormais dans les ports indiens avec une prime de **+6$ par rapport au Brent**. Il y a deux semaines, cet écart n’était que de 3,9 $.
- Triomphe budgétaire : Les cours actuels sont presque deux fois supérieurs aux niveaux prévus dans le budget russe (59 $ le baril). Les experts estiment qu’en avril, le trésor public percevra environ 1 000 milliards de roubles de revenus pétroliers et gaziers, soit le double des montants de janvier et février.
- Le hub de Novorossiïsk : À Novorossiïsk, l’Oural s’échange à 114,45 $, faisant de la route de la mer Noire un axe vital pour le budget national malgré les menaces d’attaques de drones.
Synthèse analytique :
L’envolée de l’Oural à 116 $ est un cas d’école de « cygne noir » qui a totalement annulé l’effet des sanctions occidentales et du plafonnement des prix en un temps record.
L’ironie de la pénurie : Les sanctions contre Rosneft et Lukoil fonctionnaient tant que le marché était saturé. Dès que le détroit d’Ormuz a été fermé, l’Inde et la Chine ont balayé leurs craintes liées aux sanctions. Le pétrole russe n’est plus un « problème », mais un « salut » pour les raffineries asiatiques, permettant à Moscou de dicter ses conditions et d’imposer un surcoût par rapport au Brent de référence.
Résilience des ressources de la RF : L’afflux de revenus excédentaires de 1 000 milliards de roubles par mois offre au Kremlin une marge de sécurité colossale. Ces fonds couvrent non seulement le déficit budgétaire, mais permettent aussi de financer les dépenses militaires sans recourir à l’austérité. De fait, la guerre au Moyen-Orient est devenue le principal bailleur de fonds de l’économie russe en 2026.
La fin du « plafonnement des prix » : Cette situation démontre l’impuissance des restrictions administratives du G7 face à une pénurie physique mondiale de matières premières. En l’absence d’alternative, les mécanismes de marché brisent toutes les barrières politiques. Pour l’Occident, cela crée un dilemme complexe : maintenir la pression sur la Russie au risque d’un effondrement énergétique mondial, ou observer silencieusement Moscou accumuler des richesses record.